"Frapper les ordures de l'État islamique" : pourquoi Donald Trump instrumentalise le courant religieux aux États-Unis
L'invocation de la défense des chrétiens relève d'un calcul politique.

- Publié le 27-12-2025 à 07h05
- Mis à jour le 27-12-2025 à 12h42

La date des frappes américaines au Nigeria n'a rien d'anodin – tant pis pour le vieux vœu pieux de la Nativité "Paix sur la terre…" et pour le slogan "America First" de Donald Trump. Affirmant que les chrétiens du Nigeria subissent une "menace existentielle" de l'ordre d'un "génocide", le président des États-Unis a ordonné de bombarder "les ordures terroristes de l'État islamique", comme il l'avait menacé le mois dernier.
Si personne ne conteste l'ignominie des crimes perpétrés par les djihadistes, l'invocation de la protection des chrétiens du Nigeria relève d'un argumentaire politique. Donald Trump justifie auprès de la base de son mouvement Maga (Make America Great Again) des "aventures extérieures" alors même qu'il se targue de mettre fin à des guerres et qu'il avait promis, lors de sa dernière campagne présidentielle, de ne plus mener d'intervention militaire.
Rôle messianique
Il s'inscrit dans une conception messianique du rôle des États-Unis, présente au sommet de l'État. "Depuis la fin des années 70, la droite chrétienne a pris l'ascendant au sein du Parti républicain américain", précisait dans nos pages Gabriel Solans, chercheur en civilisation américaine à l'Université Paris-Cité, aux lendemains de l'assassinat de l'influenceur extrémiste Charlie Kirk, le 10 septembre. En 1980, Ronald Reagan s'était déjà fait élire président en ralliant la Moral Majority du Sud religieux des États-Unis. Il avait su jouer, aussi, du ressentiment de l'électorat blanc à l'encontre de l'" Affirmative Action" en faveur des minorités, tout comme le ticket Trump-Vance a fustigé les politiques inclusives et le "wokisme".
Du champ de la politique intérieure, le courant religieux se déporte à travers Donald Trump sur la scène internationale. "Il y a un courant puissant dans la diplomatie trumpienne aujourd'hui, c'est le courant de la diplomatie religieuse", expliquait à La Libre, début novembre, Maud Quessard, directrice du domaine "Europe, Espace Transatlantique, Russie" à l'institut de recherche stratégique de l'école militaire (Irsem). "Trump II, c'est un agrégat d'extrémistes religieux divers et de chrétiens conservateurs qui peuvent être aussi bien catholiques qu'évangéliques et qui sont notamment très puissants via le vice-président J.D. Vance ou via Mike Johnson au Congrès (NdlR : le président de la Chambre des représentants)". Lors de la dernière élection présidentielle, l'évolution des Démocrates sur les questions des minorités ou de genre a contribué à rallier 56 % des catholiques américains dans le giron de Donald Trump dans le sillage de son colistier J.D. Vance, converti récent au catholicisme.
Chrétiens menacés
Selon cette droite chrétienne américaine – et ses relais en Europe –, les chrétiens seraient menacés, aux États-Unis, comme à l'étranger. En septembre, le sénateur républicain Ted Cruz a appelé à des sanctions contre les responsables nigérians qui "facilitent les violences contre les chrétiens et d'autres minorités religieuses, y compris les violences perpétrées par des groupes terroristes islamistes". En octobre, l'Administration Trump a réinscrit le Nigeria sur la liste des pays "particulièrement préoccupants" en matière de liberté de culte et a diminué l'octroi de visas aux Nigérians. Quant à J.D. Vance, il vient encore d'exprimer son inquiétude sur les capacités nucléaires de la France et du Royaume-Uni susceptibles, selon lui, de tomber "entre les mains de personnes capables de nuire très gravement aux États-Unis" – comprenez : des personnes suspectes d'être liées à l'islamisme.