Jean-Marc Jancovici : "Le statut social va devoir s'incarner autrement que par la voiture"
L'ingénieur et conférencier français Jean-Marc Jancovici estime que nos sociétés doivent se préparer à vivre avec moins de ressources que par le passé.
- Publié le 24-10-2024 à 13h44
- Mis à jour le 24-10-2024 à 13h51

On assiste à des luttes de plus en plus violentes pour l'accès aux ressources dans nos sociétés. Force est de constater qu'en parallèle, l'extrême droite gagne en puissance un peu partout en Europe. Il semble difficile de ne pas établir de lien entre les deux…
En 2011, j'ai écrit dans un journal français qui s'appelle Les Échos un article intitulé 'Marine Le Pen, enfant du carbone', où j'expliquais que, malheureusement, si on ne se souciait pas sérieusement de décarboner la société, tout ce qu'on allait récolter en face, c'était du populisme, c'est-à-dire le désarroi de gens qui ne comprennent pas pourquoi les promesses de monde merveilleux ne se réalisent pas et qui perdent foi dans la parole politique. C'est très exactement ce qui est en train de se passer. En fait le seul moyen d'inverser la tendance, c'est de parvenir à proposer un projet qui permette aux gens d'avoir confiance en l'avenir alors même que cet avenir aura moins de ressources.
Cela semble plus facile à dire qu'à faire, non ?
Il faut que des gens essayent de se creuser la cervelle pour trouver des choses à proposer. C'est ce qu'on essaie au sein du Shift Project (NdlR : le think thank de Jean-Marc Jancovici). Prenons l'exemple de la circulation dans les aires urbaines. Vous pouvez de fait assez facilement vous organiser avec moins de voitures qu'aujourd'hui. On pourrait imaginer un système dans lequel les gens gagnent moins, mais où ils n'ont pas besoin d'autant de voitures. Dans ce cas, votre problème devient de savoir ce que vous faites des personnes qui construisent ces voitures. Par ailleurs, il faudra qu'on arrive à faire en sorte que le statut social ne s'incarne plus dans la voiture mais, par exemple, dans la taille des mollets, ou n'importe quoi d'autre. Pour le logement, c'est plus compliqué, parce qu'en général les gens qui sont d'accord pour diviser la taille de leur logement par deux sont plus difficiles à trouver que des gens qui acceptent de diviser par deux la quantité d'acier dans laquelle ils se déplacent. Il va falloir se creuser la cervelle en partant du bon cahier des charges ! Il faut aussi réembarquer la population qui se considère comme déclassée, sans avenir ou méprisée. Et mon sentiment c'est que ce mouvement ne partira pas de la classe politique actuelle.
Face à ces défis entrevoyez-vous vraiment une porte de sortie ? Ne nous dirigeons-nous pas inéluctablement vers des sociétés de plus en plus conflictuelles ?
Malheureusement, je ne vois pas comment on va pouvoir faire l'économie d'épisodes un peu compliqués. Ce n'est pas rassurant ni sympathique de dire ça mais je ne vois pas comment on va pouvoir faire pour ne pas passer par des phases plus rock and roll.
