Dépouillé de ses bourgmestres, enchaînant les défaites, Écolo est au pied du mur
Les coprésidents Marie Lecocq et Samuel Cogolati refusent de voir une déroute dans les résultats de leur parti aux communales et aux provinciales. Ils font toutefois face à un défi énorme : assurer la remontada d'Écolo.

- Publié le 14-10-2024 à 17h23
- Mis à jour le 14-10-2024 à 18h32
Dimanche soir, une scène a frappé les observateurs du monde politique. Celle où Marie Lecocq et Samuel Cogolati, devant leurs militants réunis pour la soirée électorale, refusaient de voir une déroute dans le verdict des urnes. Du déni ? Les coprésidents se devaient de livrer un message positif à leur base, il est vrai. Après la claque de juin aux élections générales, la défaite aux communales et aux provinciales avait de quoi décourager les plus fervents partisans de l'écologie politique. Le soir du scrutin, c'est classique, tout le monde a gagné. Mais tout de même… Dans le cas des verts, il faut se triturer les méninges pour présenter ce nouveau ressac comme une victoire ou, en tout cas, une non-défaite.
Un "rebond", mais assez mou
Soyons de bon compte : cela aurait pu être pire. Sur la base des résultats dans les provinces, la baisse des verts est de moindre ampleur que celle constatée en juin. Peut-être un petit signe d'espoir pour Écolo. Le politologue Pascal Delwit (ULB) évoquait même un "rebond" dans une analyse diffusée sur les réseaux sociaux (lire également en page 2). "Même si les résultats ne nous encouragent pas à fanfaronner, ils sont loin de nous contraindre à l'autoflagellation, commente une source écologiste. Aucunement une question de déni ici. Nous marquons réellement un rebond et nos chiffres sont loin du scénario de juin annoncé par certains partis ou journalistes."
Toujours dans la colonne "espoir" du bilan Écolo, plusieurs résultats ont été constatés localement. Par exemple, à Liège, la liste Vert Ardent se tasse légèrement et ne perd qu'un seul conseiller communal. À Theux, la liste emmenée par Matthieu Daele résiste. À Verviers, les verts surnagent avec quatre sièges (ou stagnent, selon les lectures). À Huy, léger progrès : un point de pour cent en plus pour les candidats, qui étaient poussés par Samuel Cogolati. Toutefois, ces exemples doivent être mis en balance avec de nombreuses communes où un effondrement a touché le parti. Dans la capitale wallonne, par exemple. À Namur, la sanction des électeurs (un tiers de sièges en moins) se double d'une éviction d'Écolo du collège dirigé par Maxime Prévot (Les Engagés).
Plus aucun bourgmestre ?
Le plus problématique pour Écolo est l'hécatombe parmi leurs bourgmestres. En 2018, année de victoire, les verts francophones avaient réussi à placer ou maintenir trois des leurs en Région bruxelloise (Ixelles, Watermael-Boitsfort et Forest). Comme une tornade, le 13 octobre 2024 ne leur a laissé aucun mayeur (sous réserve d'un rebondissement à Forest).
En Wallonie, des bastions sont également tombés. À Amay, les verts soutenus par le bourgmestre sortant Jean-Michel Javaux perdent près de la moitié de leurs élus locaux et, surtout, l'hôtel de Ville. Idem à Ottignies-Louvain-la-Neuve, à Eupen (probablement), à Fauvillers, à Enghien… Une exception subsistait à Pecq (Hainaut) où le bourgmestre Aurélien Brabant a obtenu la majorité absolue. Mais ce dernier nous confirme avoir quitté le parti. À Frameries, cependant, des négociations étaient en cours à l'heure d'écrire ces quelques lignes et il n'était pas exclu que Manu Disabato prenne le mayorat.
Cette extinction massive des mayeurs écologistes pose une difficulté à la coprésidence actuelle : le manque de visages pouvant incarner ses combats. Marie Lecocq et Samuel Cogolati viennent de reprendre le parti en main et comptaient miser sur les élus communaux afin d'amorcer une remontada. Le jeune duo, qui avait succédé en juillet à Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, espère séduire les électeurs lors des prochains scrutins – prévus en 2029 et 2030 – en insistant sur la dimension concrète et proche du quotidien de l'écologie. "C'est au niveau local que l'on peut montrer pourquoi l'écologie est une solution de bon sens. On n'est pas dans une discussion philosophique sur le futur", expliquait Marie Lecocq dans un entretien publié ce week-end dans La Libre. Après avoir été évincé de nombreuses coalitions locales et avoir perdu presque tous ses bourgmestres, ce pari stratégique devient naturellement plus complexe à mettre en œuvre, par manque de relais.
Cette extinction massive des mayeurs écologistes pose une difficulté à la coprésidence actuelle : le manque de visages pouvant incarner l'écologie politique.
La disparition des visages de l'écologie
À cette génération de mandataires locaux qui disparaît ou qui perd sa place dans les collèges échevinaux, il faut ajouter plusieurs mises en retrait de personnalités historiques : Jean-Michel Javaux, Olivier Deleuze… Jean-Marc Nollet a quitté la vie politique active après le 9 juin. Lundi, Christos Doulkeridis a mis également fin à sa carrière après avoir été éjecté du mayorat d'Ixelles.
Écolo, chassé des exécutifs, n'a plus de ministres au gouvernement wallon ni au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et n'en aura bientôt plus au fédéral ni à la Région bruxelloise. À la Chambre, cœur de la démocratie belge, les verts francophones n'ont plus que deux députées qui ne sont pas en position de force : Rajae Maouane, l'ancienne coprésidente, et Sarah Schlitz, l'ex-secrétaire d'État à l'Égalité des chances, qui avait dû quitter piteusement le gouvernement De Croo après l'affaire du "logogate".
En politique, la roue finit toujours par tourner. Ce lieu commun a sa part de vérité. Écolo connaît depuis deux décennies des résultats en dents de scie qui rythment ses participations au pouvoir et ses périodes d'opposition. Probablement, le parti finira par se relever de la période sombre dans laquelle il se trouve. Mais Marie Lecocq et Samuel Cogolati ont hérité d'un défi complexe. Les voilà au pied du mur.