Dans l'enseignement, une rentrée sous tension : "Il n'y a pas eu de miracle de Noël"
En ce lundi de rentrée, le monde de l'enseignement craint l'impact des mesures annoncées par le gouvernement, mais aussi l'arrivée de nouvelles décisions.

- Publié le 05-01-2026 à 06h30
- Mis à jour le 05-01-2026 à 11h05
La trêve des confiseurs n'a pas apaisé les esprits dans le monde de l'enseignement. La colère ne faiblit pas contre les mesures budgétaires annoncées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), confirment syndicats et associations de parents.
"Beaucoup de questions se posent encore pour l'organisation de la rentrée de septembre prochain", commence Bernard Hubien, secrétaire général de l'Union francophone des associations de parents de l'enseignement catholique (Ufapec). Or, les parents d'élèves de 6e primaire recevront d'ici au 23 janvier les formulaires uniques d'inscription en 1re secondaire. Ils devront choisir une école "sans savoir ce qu'ils choisissent vraiment", puisque ce qui est envisagé aujourd'hui pour la 3e secondaire – la dernière année du "tronc commun" – n'est pas encore déterminé.
"Il n'y a pas eu de miracle de Noël, même si on ne s'y attendait pas non plus", embraie Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement. Le syndicaliste remet en question la façon de travailler des ministres Glatigny (Enseignement obligatoire, MR) et Degryse (Enseignement supérieur, Les Engagés), qui refusent, selon lui, tout dialogue constructif. "Même si elles disent faire les choses dans un souci de retour à l'équilibre budgétaire, les mesures qu'elles vont encore prendre n'apportent de la sérénité ni pour l'école ni pour l'avenir des enfants et des jeunes", assure-t-il.
De nombreuses craintes
D'autres mesures inquiètent Bernard Hubien. Notamment le relèvement des seuils de réussite des épreuves externes certificatives à 60 %, "alors qu'on ne sait pas quel type d'accompagnement personnalisé sera mis en place pour les élèves qui ont des difficultés".
Roland Lahaye évoque quant à lui la modification des règles encadrant la médecine de contrôle pour les enseignants en congé maladie, adoptée via un décret fin 2025. Les professeurs sont désormais contrôlés rapidement, comme si l'on suspectait qu'ils soient de faux malades, déplore-t-il. "C'est un exemple parmi d'autres d'une mesure prise par souci d'économies, mais en faisant fi des conditions de travail. On comptait déjà sur les doigts d'une main les avantages de travailler dans l'enseignement, et le gouvernement est en train de les faire fondre comme neige au soleil."
Le secrétaire général de la CSC-Enseignement souligne aussi une autre ambiguïté. Tandis que les deux ministres compétentes se désolent de la pénurie croissante d'enseignants, elles ne rendent pas le métier plus attractif, à ses yeux.
Un non-respect de la DPC ?
Si Roland Lahaye concède que le Pacte pour un Enseignement d'excellence – cette vaste réforme lancée il y a dix ans pour améliorer la qualité de l'enseignement – était perfectible, il regrette que la réorganisation complète de l'école qui est cours soit "loin de ce qui était sur la table". "Il fallait modifier le Pacte à la marge. Ici, on a des modifications extrêmement importantes comme celles qui attaquent le tronc commun."
L'une des lignes de conduite prônées par Les Engagés est le respect continuel de la Déclaration de politique communautaire (DPC, l'accord du gouvernement de la FWB), poursuit-il. "Comment se fait-il que la ministre Degryse accepte une modification de la 1re et de la 2e secondaire, alors que cela n'y figurait pas ? C'est un coup de canif dans le contrat", s'insurge le syndicaliste.
Sur ce point encore, il est rejoint par le Secrétaire général de l'Ufapec. Pour celui-ci, il est impératif de revenir dans la trajectoire du Pacte, tel qu'il était indiqué dans la DPC, en visant une amélioration fondamentale du système scolaire prenant en compte le bien des élèves et leur réussite. Le tout, en concertation avec les acteurs, comme le faisaient les précédents gouvernements.
De nouvelles vagues de colère
Visiblement remonté contre les mesures déjà annoncées et celles qui suivront, le secrétaire général de la CSC-Enseignement prévoit déjà une rentrée aussi chaotique que la fin du trimestre précédent. "Tous ceux qui imaginaient que les profs allaient se calmer pendant les fêtes se trompent. Les actions spontanées, symboliques, vont reprendre de plus belle", annonce-t-il.
Pour Bernard Hubien, il faut en effet s'attendre à de nouvelles vagues de colère, comme celles que l'on a connues ces derniers mois (grèves, arrêts de travail, etc.). "Les directions, les enseignants, les pouvoirs organisateurs et les parents sont inquiets. L'école est aujourd'hui malmenée par la ministre et le gouvernement", conclut-il.
Une marche citoyenne pour l'avenir de l'école et des jeunes est déjà fixée au dimanche 25 janvier.