"Je ne comprends pas la démarche actuelle de Paul Magnette, elle est un peu absurde"
Chaque mercredi, pour la série "Regard de Flandre", La Libre donne la parole à un observateur du Nord du pays pour décoder les temps forts de la campagne électorale. Ce 14 février, c'est Rik Van Cauwelaert qui se prête à l'exercice.

- Publié le 14-02-2024 à 12h28
- Mis à jour le 19-02-2024 à 14h52

Qui dit campagne électorale dit annonces tonitruantes et propositions miracles. Pour tenter de convaincre les électeurs, les partis peuvent parfois aller loin. C'est le jeu. Mais il n'est pas compliqué pour les observateurs de séparer le réalisable de l'irréalisable, le cœur d'un programme d'une annonce superflue. Pour Rik Van Cauwelaert, la dernière proposition du PS, concernant la hausse du salaire minimum, rejoint clairement cette deuxième catégorie.
"Après les élections, tous les cadavres vont sortir du placard. On se rendra vite compte que la proposition socialiste est une promesse intenable", détaille l'éditorialiste et chroniqueur politique. Celui qui a longtemps dirigé le magazine "Knack" analyse les temps forts politiques de ces derniers jours, dans le cadre de notre rendez-vous Regard de Flandre. Entretien.
L'échevin Tom Meeuws (Vooruit) a quitté la majorité anversoise et s'est retiré de la vie politique en pointant des tensions persistantes avec la N-VA. Est-ce que ce départ pourrait mettre en péril l'alliance entre les deux partis à Anvers ?
Oui. Il y a toujours eu une grande réticence au sein de Vooruit à l'idée de s'allier avec la N-VA. C'était déjà le cas après les élections en 2019. Les socialistes flamands voulaient initialement former un cartel avec Groen. Ce cartel avait capoté parce que Tom Meeuws avait été accusé de magouilles au sein de De Lijn. Ca s'était révélé faux, mais le temps qu'il se défende et que cela soit démenti, le cartel avait éclaté. Ils ont donc fait des listes à part. Mais une partie de Vooruit l'a regretté. Et cette partie a d'autant plus émis des doutes face à la possible coalition avec la N-VA. Mais grâce à Conner Rousseau, cette majorité s'est constituée. Ce clivage à l'intérieur du parti est toutefois resté.
Cette histoire de démission n'est donc pas uniquement liée au comportement de la N-VA, qui n'est certainement pas des plus joyeux. Tom Meeuws en avait marre. Mais il est clair que la N-VA est un parti qui, quand il a le pouvoir, le prend. Même au sein d'une coalition, si les nationalistes ont le plus de poids, ils estiment que le choix leur revient. Ils ont un peu la même attitude que le PS : ils laissent peu d'espace aux autres partenaires.
Cette affaire peut-elle avoir un impact aussi sur les futures négociations en vue de la formation d'un gouvernement fédéral ou régional ?
Je ne pense pas. Mais naturellement, Anvers a une influence sur le reste de la Flandre. Si la N-VA doit trouver un partenaire de coalition et que Vooruit lui tourne le dos à Anvers, cela peut jouer dans ses décisions à la Région.
Vooruit et la N-VA ont livré leur vision pour Bruxelles, ce week-end. Tous deux prônent la fusion des communes. Ils veulent faire de Bruxelles une "ville-Région". Est-ce une idée qui vit en Flandre ?
Au sein de Vooruit, on retrouve des fervents supporters de la Belgique à quatre régions. Dans cette optique, Bruxelles deviendrait une région à part entière, coupée de la Flandre. Du côté des socialistes flamands, on pense que la ville avec ses 19 communes est un modèle dépassé. Ils prônent de suivre l'exemple d'Anvers, comme l'a suggéré d'ailleurs le rapport de l'OCDE. Cette idée existe dans tous les partis flamands. Aucun ne défend le contraire.
Y a-t-il des chances que ça aboutisse ?
Je pense que ça doit aboutir. On ne peut pas continuer ainsi. Quand je parle avec des francophones, ils sont d'accord quant au fait que c'est intenable.
Pourquoi n'a-t-on rien fait alors jusqu'à présent ?
Parce que de nombreux élus qui siègent au Parlement bruxellois sont également actifs au sein de ces structures communales. Ils ne vont donc pas voter contre leur portefeuille. C'est aussi simple que ça... Au PS qui est évidemment concerné, on ne s'en cache pas.
Au MR, on continue de discuter sur la potentielle tête de liste européenne. Les négociations ont l'air agitées. Pourquoi est-ce si compliqué ?
Georges-Louis Bouchez s'est tiré une balle dans le pied. Son aventure avec Charles Michel a mal tourné. Il a sorti l'ancien président du MR tout à coup de son chapeau. Ça a engendré tout un ramdam au sein de l'Europe mais également au sein du parti. Et soudainement Charles Michel a changé d'avis. On ne sait toujours pas pourquoi. Il a parlé des réactions, mais il aurait dû les prévoir. Bouchez se trouve donc sans tête de liste. Mais qui va vouloir jouer au second choix ? Le nom de Sophie Wilmès est évoqué. Ce serait une excellente candidate européenne.
Le PS a proposé de passer le salaire minimum de 2.070 euros à 2.800 euros. Que faut-il en penser ?
En campagne, c'est clair que ça ne coûte rien de lancer de telles formules. Mais après les élections, tous les cadavres vont sortir du placard. Je parle des mauvaises surprises budgétaires qui nous pendent au nez. On se rendra vite compte que la proposition du PS est une promesse intenable.
Le PS se calque sur une proposition du PTB et va encore plus loin. Est-ce une bonne stratégie ?
La façon dont les socialistes veulent toujours faire plus catholique que le pape devient un peu ridicule. Ils veulent être plus marxistes que les marxistes. Cette situation est intenable. Ça m'étonne que le PS quitte sa ligne qu'il a depuis des années, qui lui a certes coûté des sièges mais qui lui a permis d'améliorer le sort du pays sous Di Rupo. On voit les dégâts de leur choix de s'éloigner de cette ligne en Wallonie, à Bruxelles et au Fédéral. La Wallonie, c'est désastreux budgétairement ; et à Bruxelles, c'est la banqueroute.
Je ne comprends pas la démarche de Paul Magnette. Tout ce que je peux en déduire, c'est que le PS a vraiment une peur bleue du PTB. Quand les socialistes ont vu les derniers sondages à Bruxelles, je crois qu'ils n'en ont pas dormi. Et puis, maintenant, Thierry Bodson, le président de la FGTB, arrive avec sa proposition de faire un front de gauche alliant les socialistes, le PTB et les écologistes... On sait que les précédents pourparlers en 2019 entre PS et PTB n'ont duré que six heures. On pourrait avoir à nouveau un scénario semblable: des discussions entre les deux partis pour faire plaisir à Bodson, mais qui ne mènent à rien.
Ces dernières semaines, une personnalité politique semble faire l'unanimité, à savoir Maxime Prévot, le président des Engagés. On parle même de lui comme d'un potentiel candidat Premier ministre. Êtes-vous d'accord ?
C'est un don du ciel que tout à coup Les Engagés remontent dans les sondages. Ca donne de l'espoir éventuellement pour faire de nouvelles coalitions. Je crois que Maxime Prévot soigne ses contacts avec le CD&V en vue d'une possible alliance au fédéral. A l'heure actuelle, le parti de Sammy Mahdi n'a pas de partenaire de l'autre côté de la frontière linguistique au sein de la majorité fédérale. C'est un peu sa faiblesse dans ce gouvernement. Ca pourrait un peu changer la donne que les Engagés montent au pouvoir. Mais il faut encore voir ce que donnent les résultats. Les sondages d'aujourd'hui ne sont certainement pas la réalité du 9 juin.
Mais n'est-ce pas particulier de voir un parti qui n'a pas énormément de poids dans les urnes être (déjà) porté en triomphe ?
C'était un parti qui n'avait pas beaucoup de poids et qui était en train de chavirer, mais ça reste une formation qui a une tradition et des connexions. Le fait que Vincent Blondel ait rejoint la liste des Engagés prouve que l'on croit encore en ce parti. Il y a donc un réservoir de voix pour Les Engagés. Cet électorat du vieux PSC a été un peu malmené ces dernières années. Maxime Prévot a su calmer le jeu et restaurer la confiance. Une étincelle importante a été la venue de Jean-Luc Crucke. C'est un libéral de la campagne, du style de Herman De Croo. Comme lui, il prône plutôt un libéralisme social. Il avait acquis un certain sérieux au sein du gouvernement wallon. Il est crédible et expérimenté. Son arrivée a fait beaucoup de bien aux Engagés.