Mathieu Bihet rassure sur notre dépendance au gaz américain : "Trump n'est pas éternel"
Pour le ministre fédéral de l'Énergie, dépendre du gaz russe ou du gaz américain, ce n'est pas la même chose.
- Publié le 06-09-2025 à 16h05
- Mis à jour le 06-09-2025 à 16h06

La dernière étude d'Elia, le gestionnaire du réseau électrique haute tension, montre un déficit de capacités de production d'électricité pour l'hiver 2035-2036. Si on prolonge Doel 4 et Tihange 3 de vingt ans, au lieu de dix ans, une partie du déficit serait résorbée.
Mais comment combler le reste ? En sachant qu'une nouvelle centrale nucléaire ne serait jamais construite dans ces délais. Et qu'une prolongation de dix ans de Doel 1, Doel 2 ou Tihange 1 ne réglerait pas le trou de 2035-2036 (puisque ces réacteurs seraient arrêtés en 2035).
"Engie est au rendez-vous"
"Il est vrai qu'une nouvelle grosse centrale nucléaire ne serait pas prête en 2035, répond Mathieu Bihet (MR), le ministre de l'Énergie. Mais, au Canada, ils délivrent dans les délais et rapidement des plus petites capacités nucléaires. On dit que les SMR, ce ne sont que des PowerPoint, mais ce n'est pas vrai. Je vais d'ailleurs me rendre au Canada pour aller voir ce chantier. En outre, si on parvient à prolonger Tihange 1 et que le réacteur est prêt à redémarrer en 2027, par exemple, il sera là pour une période de dix ans à partir de cette date." Ce qui comblerait le trou de l'hiver 2035-2036.
Pour cet hiver, il ne devrait pas manquer d'électricité, selon Mathieu Bihet. Le libéral salue d'ailleurs le professionnalisme d'Engie, qui devrait être capable de redémarrer Doel 4 et Tihange 3 pour cet hiver, en plus de lancer la nouvelle centrale au gaz de Flémalle : "Il faut pouvoir reconnaître la fiabilité d'Engie, ils sont au rendez-vous." Au contraire de Luminus, "qui ne sera pas du tout dans le timing avec sa centrale au gaz de Seraing", ajoute Mathieu Bihet.
Par ailleurs, que pense le libéral de la volonté de la Commission européenne de sortir complètement du gaz russe en 2027 ? "C'est la position que j'ai défendue au Conseil européen au Luxembourg et c'est la position de la Belgique, répond-il. On ne peut pas financer la guerre en Ukraine."
Mais ne risque-t-on pas de devenir trop dépendant des États-Unis si on remplace ce gaz russe par du gaz naturel liquéfié (GNL) américain ? "Il y a plein de pays qui exportent du GNL : le Qatar, les USA, la Russie, répond le ministre. À ce stade, ce sont les USA qui augmenteraient leurs livraisons en Europe. N'oublions pas que la Commission européenne s'est engagée à augmenter ses achats dans le cadre de l'accord commercial avec les États-Unis."
Du côté de Febeliec, la fédération qui représente les industriels belges consommant beaucoup d'énergie, on craint cette forte dépendance à l'égard de notre partenaire américain. En effet, les États-Unis pourraient fournir jusqu'à deux tiers du GNL importé en Europe. Et cela alors que le président américain n'est pas le plus fiable. "Trump n'est pas éternel et ne devrait pas pouvoir se représenter à la fin de ce mandat, nuance Mathieu Bihet. En outre, il ne faut pas comparer la Russie, le Qatar et les États-Unis. La Russie est un État agresseur. Aux USA, le président a des soubresauts qui rendent les relations commerciales parfois compliquées. Néanmoins, on remplacerait une dépendance par une autre en remplaçant le gaz russe par du GNL américain. L'enjeu est donc de sortir des énergies carbonées pour relocaliser des unités de production décarbonées en Belgique et en Europe."
Par ailleurs, selon Elia, il n'y aura aucun nouveau parc éolien en mer du Nord d'ici au 31 décembre 2030. De quoi rendre compliquée (voire impossible ?) la réalisation des objectifs climatiques 2030 du fédéral.
"Enormément de feux rouges"
Mais Mathieu Bihet défend le choix de reporter l'appel d'offres pour la première zone d'éoliennes en mer du Nord. "Il y avait énormément de feux rouges dans ce dossier, rien n'était prêt, argumente-t-il. En outre, le réseau électrique terrestre n'était pas prêt à accueillir cette production éolienne supplémentaire venue de la mer du Nord. Si on avait poursuivi l'appel d'offres, on aurait dû payer 220 millions d'euros aux propriétaires des parcs éoliens car ils n'auraient pas pu acheminer leur électricité. Ça aurait été un comble de payer pour de l'électricité qu'on n'a pas…"
En ce qui concerne le dossier de l'île énergétique, dont les premiers contrats ont été attribués en dépit d'une explosion des coûts, il émet certaines recommandations. "Il faut donner à la Creg la capacité de se faire respecter, déclare-t-il. Dans ce cas précis du dossier de l'île énergétique, la Creg avait émis un avis négatif. Pourtant, des contrats ont été signés." Avec l'aval du gouvernement De Croo ? "Un jour, il faudra poser la question de qui a pris cette décision", lâche-t-il.
