EDF est intéressé par les centrales nucléaires belges mais redoute le coût du démantèlement
La presse hexagonale rapporte que l'entreprise publique française EDF envisage la reprise des réacteurs Doel 4 et Tihange 3.
- Publié le 23-09-2025 à 18h04
- Mis à jour le 23-09-2025 à 19h48

Le média français La Lettre annonce, ce mardi, que l'entreprise publique française EDF étudie sérieusement la reprise de certains actifs nucléaires d'Engie en Belgique. Cédric Lewandowski, directeur du parc nucléaire et thermique d'EDF, mènerait des discussions à ce sujet avec Engie et le gouvernement belge.
Toujours selon La Lettre, EDF est intéressé par la reprise des réacteurs Doel 4 et Tihange 3, les seuls qui resteront en activité après 2025. Pour rappel, Engie s'était engagé, suite à un accord avec le gouvernement De Croo, à les exploiter jusqu'en 2035. Mais l'énergie nucléaire ne fait plus partie de la stratégie d'Engie, qui entend sortir complètement de l'atome en 2035. Selon La Lettre, EDF pourrait prendre le relais d'Engie et exploiter Doel 4 et Tihange 3 entre 2035 et 2045.
Contacté, le service presse d'EDF ne fait pas de commentaire.
Ceci dit, on savait déjà que le ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), était en contact avec EDF, à propos d'une reprise potentielle d'actifs nucléaires belges. Il nous l'avait confirmé dans une interview, il y a quelques semaines.
En outre, Grégoire Dallemagne, le patron de Luminus, avait aussi fait savoir qu'il était intéressé par le développement du nucléaire en Belgique. Or, Luminus est détenu à 68,63 % par EDF.
Et, comme nous l'avions rapporté la semaine passée, Cédric Osterrieth, le CEO d'Electrabel, a fait savoir que l'entreprise pourrait "aider" à prolonger Doel 4 et Tihange 3 de vingt ans (au lieu des dix ans prévus). Mais sans être investisseur de cette prolongation. Ce qui peut être interprété comme le signe qu'Engie ne bloquerait pas une reprise des réacteurs par un autre acteur.
Notons aussi qu'EDF est déjà actionnaire de certains réacteurs nucléaires belges, notamment via une participation de 50 % dans Tihange 1. Cet intérêt d'EDF pour le nucléaire en Belgique n'est donc pas du tout surprenant. Ceci dit, le dossier est très délicat.
Le risque du démantèlement
Pour rappel, Engie a déjà transféré aux contribuables belges les risques liés aux coûts de gestion des déchets nucléaires. En effet, selon l'accord passé avec la Vivaldi, Engie doit payer un forfait de 15 milliards d'euros pour ses déchets nucléaires. Si leur gestion devait finalement coûter plus cher, c'est l'État belge qui financerait le surplus.
En revanche, les risques liés aux coûts du démantèlement des centrales nucléaires sont restés à charge d'Engie. En cas de reprise d'une partie de son parc nucléaire par EDF, c'est donc l'entreprise publique française qui devrait endosser ces risques.
Or, selon La Lettre, l'Agence française des participations de l'État est hostile à cette reprise du parc nucléaire belge par EDF. En effet, l'Agence ne souhaiterait pas qu'EDF porte le risque du démantèlement. Rappelons que l'entreprise publique française doit déjà construire six nouveaux réacteurs nucléaires, dits EPR 2, en France. Elle est aussi engagée dans deux projets financièrement risqués au Royaume-Uni : la construction des nouvelles centrales de Hinkley Point C et de Sizewell C.
Il faudra également voir si EDF voudra prendre en charge le risque de démantèlement de réacteurs en Belgique pour dix petites années d'exploitation de Doel 4 et Tihange 3. Mais l'idée d'être le fournisseur de nouvelles centrales nucléaires en Belgique pourrait peut-être convaincre EDF. Ceci dit, l'entreprise va devoir méchamment baisser les coûts de ses nouvelles centrales si elle veut être compétitive.
Quid de Tihange 1 ?
Par ailleurs, La Lettre évoque le réacteur Tihange 1 mais n'indique pas si EDF est intéressé par sa reprise. Pour rappel, le réacteur sera mis à l'arrêt le 1er octobre prochain, après cinquante années de service. Si le gouvernement De Wever souhaite prolonger l'exploitation du réacteur, il n'est pas certain que ce sera possible.
Le CEO d'Electrabel a récemment déclaré qu'il était impossible de prolonger Tihange 1. Cédric Osterrieth a avancé plusieurs arguments, comme le coût élevé de la prolongation, la durée des travaux ou le fait que le réseau électrique ne soit pas prêt à l'accueillir.
À ce stade, il n'est donc pas certain que Tihange 1 fasse partie des plans d'EDF, selon la presse française. De son côté, Engie ne compte pas modifier son planning de préparation du démantèlement de Tihange 1. Ce qui fait craindre à certains que le réacteur ne soit bientôt plus "prolongeable".
