La seconde résidence à l'étranger n'est plus la chasse gardée des seniors
Où l'on voit s'y immiscer des quadragénaires mais surtout de jeunes trentenaires. Les moins de 40 ans représentent désormais un acheteur sur sept alors qu'en 2022, ils n'étaient que un sur dix.

- Publié le 27-06-2024 à 13h54

À voir les statistiques des déclarations déposées au SPF Finances jusqu'en juin 2024, on pourrait croire qu'en matière de secondes résidences, le Belge est très chauvin. Pour preuve, alors qu'ils sont quelque 931 000 à déclarer être propriétaire d'au moins un deuxième bien en Belgique, ils ne sont que près de 222 000 à l'être à l'étranger.
Mais ce serait oublier un peu vite qu'en Belgique, ils sont plus nombreux à investir dans la brique pour ses revenus plutôt que pour son usage propre, alors qu'à l'étranger, c'est tout le contraire. Ce sont des achats plaisir principalement. Qui, en un an, ont progressé de 10 % ! Soit quelque 21 000 propriétaires supplémentaires.
Trentenaires et quarantenaires sur les plates-bandes des sexagénaires
"Un phénomène qui semble s'expliquer par l'arrivée d'une nouvelle génération, pointe BNP Paribas dans son analyse. En effet, depuis la pandémie, le marché des résidences secondaires a été marqué par un rajeunissement significatif des acquéreurs. Si les plus de 60 ans continuent de détenir la majorité du parc, une nouvelle population plus jeune commence aussi à s'y intéresser – trentenaires et quarantenaires. En cause ? Les changements de mode de vie, et notamment le développement du télétravail."
La banque confirme ce rajeunissement dans les crédits qu'elle a elle-même octroyés en 2023, elle qui a vu "les moins de 40 ans représenter un acheteur sur sept", contre moins d'un sur dix en 2022, et "les moins de 45 ans peser 30 % dans les transactions en Espagne contre 20 % en 2022."
Aficionados et dolce vita
Sur le plan de la destination, les Belges optent encore et toujours pour la proximité. Selon les déclarations fiscales rentrées en 2024, les pays les plus courus sont, dans l'ordre, la France, qui abrite pas moins de 85 440 propriétés appartenant à des Belges (27 %, soit un peu plus d'une sur quatre), suivie de l'Espagne, quasiment ex æquo (79 324 propriétés, 25 %) et, plus loin, de l'Italie (46 588, 14,7 %). Entre France et Espagne, le match est donc serré. La seconde pourrait d'ailleurs un jour l'emporter. En un an, la progression espagnole (+ 7 %) a été plus marquée que celle dans l'Hexagone (+ 5 %). Quant à l'Italie, sur la troisième marche du podium, elle fait mieux que résister, avec une progression sur un an de 13 %.
BNP Paribas Fortis, quand bien même la banque est-elle moins active sur les marchés étrangers (qui concernent seulement 7% de ses emprunts pour une seconde résidence), arrive à la même conclusion pour ses statistiques 2023 : l'Espagne est la destination du moment. "Avec son climat doux et agréable toute l'année, son ensoleillement qui s'élève à plus de 310 jours par an environ, ses kilomètres de plages, sa relative proximité avec la Belgique et son immobilier plutôt bon marché, elle reste la destination privilégiée par les Belges à l'étranger (41 % des prêts pour une seconde résidence à l'étranger en 2023). L'Hexagone représente toujours également une valeur sûre aux yeux des multipropriétaires belges avec 37 % des transactions." Suivent alors l'Italie (8 %) et les Pays-Bas (5 %).
Si l'on se focalise uniquement sur la finalité locative (14 % des prêts portant sur une seconde résidence à l'étranger octroyés par BNP Paribas Fortis), la France chipe la première place à l'Espagne, et les Pays-Bas la troisième à l'Italie.

Des prêts nettement moins élevés
Dernier constat basé sur l'analyse du portefeuille de la banque : le montant des prêts est en diminution. Légère en Italie (- 3,6 % à 133 000 euros), forte en France et en Espagne avec un recul de 24 % à, respectivement, 162 000 euros et 132 000 euros.
Le rajeunissement du public et le télétravail expliquent pour partie ce décrochage, les acquéreurs optant peut-être pour des biens plus petits ou dans un moins bon état mais assurément moins chers. Mais c'est surtout la hausse violente des taux qui en est à l'origine, incitant certains candidats à la seconde résidence de leurs rêves à l'étranger à mettre davantage de fonds propres.
Les dérèglements climatiques ne semblent faire aucun effet sur les candidats à la seconde résidence
Assez étonnamment les sécheresses, les canicules, l'érosion côtière, les feux de forêts et les inondations qui se sont répétés ces dernières années en Espagne, France, Italie, Grèce et sur le pourtour méditerranéen n'effrayent nullement les Belges en quête d'une seconde résidence. BNP Paribas Fortis a fait l'exercice sur les deux pays phares de ses tablettes qui, ensemble, représentent quasiment huit prêts octroyés sur dix : la France et l'Espagne. En prenant en compte les données entre 2019 et 2023, elle constate que la région de France qui a le plus de succès auprès des Belges est toujours celle connue sous l'acronyme PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur). Un quart des prêts accordés par la banque pour une acquisition en France concerne des biens localisés dans son "Sud". C'est même plus qu'en 2019, quand il ne rassemblait que 22 % des prêts. Les secondes régions ex aequo sont, avec 14 %, l'Auvergne-Rhône-Alpes, d'une part, venant de 12 % il y a cinq ans, et le Grand Est, de l'autre, réalisant un bond de 8 %. "Moins exposée aux phénomènes climatiques extrêmes, (celle-ci) semble tirer son épingle du jeu, mais cela reste marginal."
Hormis la méridionale Occitanie (Toulouse, Montpellier…), ont également perdu des points l'occidentale Nouvelle Aquitaine (Bordeaux, Limoges, Poitiers…) et, surtout, la nordique Hauts de France (Lille, Amiens, Calais, Dunkerque…) dont le poids passe de 14 % en 2019 à seulement 6 % en 2023 ! Le même exercice réalisé pour l'Espagne donne un large plébiscite pour la Communauté Valencienne (Valence, Alicante…), représentant une demande sur deux (50 % des prêts en 2023, tout autant en 2019), suivie de l'Andalousie (Grenade, Séville, Cadix, Malaga…), à l'extrême sud de la péninsule, qui en a peut-être drainé moitié moins (25 %), mais venant de 17 % cinq ans auparavant.