Le Maroc contre-attaque
Le Maroc a réagi avec colère et stupéfaction mercredi à l'annonce de l'intervention de l'armée espagnole sur l'îlot Leila/Perejil, saisissant le Conseil de sécurité de l'ONU pour obtenir le "retrait immédiat" des "agresseurs" espagnols. Le gouvernement a publié un communiqué vigoureux pour exiger le "retrait immédiat et sans conditions des forces espagnoles de l'îlot Leila" et pour annoncer qu'il avait saisi le Conseil de sécurité de l'ONU pour mettre fin à "l'agression" espagnole sur cet îlot
- Publié le 17-07-2002 à 00h00

Le Maroc a réagi avec colère et stupéfaction mercredi à l'annonce de l'intervention de l'armée espagnole sur l'îlot Leila/Perejil, saisissant le Conseil de sécurité de l'ONU pour obtenir le "retrait immédiat" des "agresseurs" espagnols.
Après avoir gardé le silence pendant plusieurs heures, le gouvernement a publié en fin de matinée mercredi un communiqué très vigoureux pour exiger le "retrait immédiat et sans conditions des forces espagnoles de l'îlot Leila" et pour annoncer qu'il avait saisi le Conseil de sécurité de l'ONU pour mettre fin à "l'agression" espagnole sur cet îlot.
Le ministère des Affaires étrangères a précisé que le Maroc a également saisi la Ligue arabe, l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) ainsi que plusieurs "pays amis". L'OCI avait assuré le Maroc, la veille, de sa solidarité "dans ses efforts visant à défendre ses droits et sa souveraineté".
Les principaux partis politiques marocains n'ont pas attendu la position officielle pour dire leur colère face à "l'agression espagnole".
L'intervention espagnole constitue "une déclaration de guerre", a déclaré Mahjoubi Aherdane, ancien Premier ministre et chef du Mouvement national populaire (MNP, coalition gouvernementale). "Je suis stupéfait, a-t-il dit, on ne règle pas les problèmes à coups de canon".
Le Maroc doit "couper toutes relations avec l'Espagne" a déclaré de son côté M. Abdelkrim Khatib, chef du parti marocain de la Justice et du Développement (PJD, islamiste modéré). "C'est une attaque contre le Maroc et son intégrité territoriale, qui démontre que l'esprit colonialiste persiste chez les européens", a déclaré à l'AFP le chef du PJD, seul parti islamiste représenté au parlement marocain.
Pour un responsable du parti de l'Istiqlal (coalition gouvernementale), Mohamed Larbi Messari, l'Espagne a voulu démontrer, en intervenant sur l'îlot Leila, qu'elle est la puissance dominante sur le Détroit de Gibraltar.
Le ministre marocain de l'Agriculture, M. Ismail Alaoui, a déclaré de son côté que l'intervention espagnole sur l'îlot Leila/Perejil constitue un "retour à l'âge de la canonnière". "Je suis abasourdi, je crois rêver", a déclaré ce ministre qui dirige le Parti du progrès et du socialisme (PPS, ex-communiste), une formation de la coalition gouvernementale conduite par le socialiste Abderrahmane Youssoufi.
Une seule manifestation avait été signalée en fin de matinée, à Tétouan (nord du Maroc), une ville proche de la région côtière de l'îlot contesté, où quelque deux cents Marocains ont protesté devant le consulat d'Espagne contre l'intervention militaire.
La réaction officielle de Rabat a pris la forme d'un communiqué détaillé dans lequel le pays s'est élevé "avec force contre cette agression que rien ne justifiait au moment où des discussions étaient engagées, et que le Maroc et l'Espagne s'étaient entendus pour résoudre la crise par la voie diplomatique".
Le recours de l'Espagne à la force, souligne le communiqué, est "contraire aux règles du droit international".
