Pas d'embellie entre Madrid et Rabat
En dépit des appels à la conciliation de la communauté internationale, la crise entre le Maroc et l'Espagne à propos d'un îlot contesté du détroit de Gibraltar, ne s'est pas atténuée jeudi, chacun demandant à l'autre partie de faire le premier pas. Le président du gouvernement espagnol José Maria Aznar a déclaré que l'Espagne ne cherche pas des "tensions continues" avec le Maroc, et a ajouté qu'il a donné des instructions pour maintenir le contact avec les autorités marocaines
- Publié le 18-07-2002 à 00h00

En dépit des appels à la conciliation de la communauté internationale, la crise entre le Maroc et l'Espagne à propos d'un îlot contesté du détroit de Gibraltar, ne s'est pas atténuée jeudi, chacun demandant à l'autre partie de faire le premier pas.
Le président du gouvernement espagnol José Maria Aznar a déclaré que l'Espagne ne cherche pas des "tensions continues" avec le Maroc, et a ajouté qu'il a donné des instructions pour maintenir le contact avec les autorités marocaines. Il a cependant réaffirmé que l'Espagne exige le rétablissement du statu quo d'avant le 11 juillet, sur l'île de Perejil (Leila en arabe), c'est-à-dire que Madrid réclame, pour partir, d'avoir la garantie que des soldats marocains n'y reviendront pas.
Le 11 juillet, une douzaine de gendarmes marocains se sont installés sur l'îlot rocailleux et inhabité. Ils en ont été délogés mercredi matin, par une intervention militaire espagnole.
De son côté, le Maroc pose comme préalable à toute discussion avec Madrid, le retrait des forces espagnoles de l'îlot, situé à quelque 200 mètres des côtes marocaines, dans le détroit de Gibraltar.
Dans une lettre adressée mercredi au Conseil de sécurité, Rabat a "exigé le retrait immédiat des forces d'occupation espagnoles déployées sur l'îlot de Leila".
"Seul ce retrait permettra au Maroc et à l'Espagne de reprendre le dialogue en vue de rétablir des relations de coopération, d'amitié et de bon voisinage", indique la lettre.
La ministre espagnole des Affaires étrangères Ana Palacio, a déclaré jeudi matin que l'Espagne était prête à retirer les 75 légionnaires qui contrôlent l'île, s'il y a un engagement de la part de Rabat à revenir à la situation d'avant le 11 juillet.
"Si l'Espagne abandonne l'îlot, les Marocains ne devront pas y revenir", a-t-elle dit. "La garantie peut venir du gouvernement ou du roi du Maroc. L'Espagne attend une déclaration catégorique, sans ambiguïté qui permette de revenir à une situation acceptable pour nous", a-t-elle dit.
Selon elle, une "bonne solution" passerait par une collaboration entre la Garde civile espagnole et la gendarmerie marocaine pour aborder les problèmes affectant le détroit de Gibraltar comme le trafic de drogue et l'immigration clandestine.
L'Espagne estime que Perejil bénéficie depuis 40 ans d'un "statut accepté par le Maroc et l'Espagne aux termes duquel ni le gouvernement espagnol, ni le gouvernement marocain n'occupera l'île". Elle accuse le Maroc d'avoir unilatéralement rompu ce statut en envoyant une douzaine de gendarmes sur l'île, le 11 juillet.
Madrid et Rabat sont également en désaccord sur les circonstances qui ont immédiatement précédé l'intervention espagnole. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, a affirmé qu'un accord formel avait été conclu, mardi soir, avec l'Espagne, peu avant le début de l'intervention espagnole, prévoyant un retrait des soldats marocains, "à la condition" d'avoir une "garantie expresse" que l'Espagne ne "foulerait jamais le sol de cette île". Cette condition, a assuré M. Benaïssa, "a été acceptée" par l'Espagne.
Ana Palacio a nié jeudi matin l'existence d'un tel accord ajoutant que "l'Espagne aurait souhaité conclure un accord et ne pas avoir à engager cette opération".
Mohamed Benaïssa, a cependant réaffirmé jeudi l'existence d'un tel accord, en assurant que les Etats-Unis et deux pays européens y avaient donné leur aval.
Cette crise commence à susciter des réactions dans le monde et notamment en Afrique. L'Espagne a reçu l'appui de l'Union européenne et de l'OTAN, alors que le Maroc compte sur la Ligue arabe et sur l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI).
Au Maroc, l'intervention espagnole a créé une atmosphère d'union sacrée, les partis politiques et la presse faisant corps avec les autorités du royaume. Après les responsables de principales formations politiques marocaines, qui ont crié leur indignation dès l'annonce du raid espagnol, la presse a consacré jeudi des titres enflammés à "l'acte de guerre" de Madrid.
Le dispositif militaire espagnol déployé sur Perejil et le long des côtes marocaines, demeure en place, avec plusieurs frégates et corvettes croisant le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et des îles de la zone sous souveraineté espagnole.
Depuis plus d'un an, les relations hispano-marocaines sont en crise, avec le rappel à Rabat, en octobre dernier, de l'ambassadeur du Maroc à Madrid.
Le contentieux porte notamment sur la pêche, l'immigration clandestine et le conflit du Sahara occidental, le Maroc estimant Madrid favorable au Front Polisario.
