Bruxelles ne dispose pas d'assez de logements étudiants : "C'est aussi une question d'accessibilité à l'enseignement supérieur"
La Région bruxelloise, lors de l'année académique 2022-2023, comptait plus de 137 000 étudiants dont seulement 37 000 occupaient un logement adapté. Comment expliquer une telle différence ?

- Publié le 09-01-2026 à 09h30

En ce mois de janvier, Perspective. Brussels a publié le premier Monitoring du logement étudiant. Depuis plusieurs années, ce centre d'expertise pour le développement régional et territorial bruxellois a pour mission de traiter des différents aspects de la vie étudiante dans la capitale. "La Région bruxelloise est la plus grande 'ville étudiante' du pays. C'est là qu'il y a le plus d'étudiants de l'enseignement supérieur", explique Antoine de Borman, directeur général de Perspective. Brussels.
Un nombre de kots insuffisant
L'une des conclusions de la publication met en avant le fait que seul un étudiant sur trois trouve un kot dans un logement destiné aux étudiants, c'est-à-dire un ensemble de logements étudiants prévus soit par des pouvoirs publics, soit par des universités. "Il est d'ailleurs très rare d'avoir des hautes écoles qui proposent des kots en quantité", ajoute Adam Assaoui, président de la Fédération des étudiants francophones (Fef).
Les autres étudiants se rabattent, quant à eux, sur le marché privé "classique"; par exemple, vers des appartements qui ne sont pas spécifiquement destinés aux étudiants. "Cela signifie souvent un prix plus élevé ou bien que le lieu n'est pas vraiment conçu pour abriter des espaces communautaires larges", complète plus Antoine de Borman.
Une question de décalage
Lors de l'année académique 2022-2023, la Région bruxelloise comptait plus de 137 000 étudiants dont au moins 37 000 occupaient un logement étudiant. Comment expliquer une telle différence ? "Historiquement, les établissements d'enseignement supérieur mais aussi les autorités publiques ont pour souci de développer du logement étudiant en particulier sur les campus. Cela dit, la population étudiante a grandi de façon significative au fur et à mesure des années au sein de la Région et l'offre de logements étudiants n'évolue pas au même rythme", explique le directeur général de Perspective. Brussels. Aujourd'hui, il existe donc un décalage entre le nombre d'étudiants qui cherchent un logement et la disponibilité des hébergements spécifiquement réservés aux étudiants.
Adam Assaoui regrette aussi la façon dont le monde politique se saisit de cette question. "Le niveau régional estime que cela concerne les étudiants et que c'est donc à la Fédération Wallonie-Bruxelles de s'en occuper; tandis que celle-ci considère que cela relève de la politique du logement; donc, de la compétence des Régions."
Un contexte plus large
La problématique s'inscrit dans un contexte plus large au sein de la Région bruxelloise, rappelle Antoine de Borman. "Il y a une difficulté d'accès au logement parce que les prix sont élevés. Cette pression sur le marché est forcément aussi ressentie par la population estudiantine", contextualise-t-il.
Or, se reporter sur le marché privé a un coût important pour les étudiants et leurs familles. Or, pour certains d'entre eux, trouver un logement est indispensable pour pouvoir fréquenter l'université ou la haute école. "L'accessibilité au logement est donc aussi une question d'accessibilité à l'enseignement supérieur", note Antoine de Borman.
Le logement, premier poste de dépense
En 2023, une enquête de La Ligue des familles, du Centre de lutte contre la pauvreté, du Centre bruxellois contre les inégalités et de la Fef estimait le coût d'une année d'étude pour un étudiant en kot à environ 14 000 euros contre 5 000 euros pour ceux qui ne logeaient pas à proximité de leur lieu d'étude. Le logement était, par ailleurs, le premier poste de dépense des étudiants concernés. "L'alternative est de ne pas prendre de logement. Mais la distance a tendance à impacter la qualité des études", fait remarquer Adam Assaoui.
Selon Antoine de Borman, plusieurs projets de logements et d'unités de logements étudiants verront le jour dans un futur plus ou moins proche. "S'ils sont tous réalisés, ils permettront d'augmenter l'offre de logements étudiants au niveau de la Région. Plus de la moitié seront situés à proximité du campus ULB-VUB", conclut-il.