Clap de fin pour Tihange 1 ce mardi : la coalition Arizona parviendra-t-elle à prolonger le réacteur ?
Ce mardi en journée, Tihange 1 crachait toujours de la vapeur via son énorme tour de refroidissement. Mais ce n'était plus que pour quelques heures.
- Publié le 30-09-2025 à 19h13
- Mis à jour le 30-09-2025 à 20h13

Ce mardi, aux abords de la centrale nucléaire de Tihange, l'ambiance était particulière. Au Tihange 4, la brasserie qui jouxte la centrale, certains clients évoquaient le dernier jour de fonctionnement du plus vieux réacteur nucléaire de Wallonie. Tihange 1 devait en effet être arrêté définitivement ce mardi, un peu avant minuit, après cinquante années de service.
Pourquoi cet arrêt ? Rappelons que Tihange 1 ne respecte pas les dernières normes internationales de sûreté nucléaire, renforcées après la catastrophe de Fukushima. Or une vérification du respect des normes de sûreté nucléaire a lieu tous les dix ans. Pour Tihange 1, la prochaine vérification devait intervenir ce mercredi 1er octobre, à l'occasion des 50 ans du réacteur. Étant donné qu'aucun dossier de mise aux normes n'a été introduit par Engie auprès de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), Tihange 1 devait obligatoirement être arrêté à cette échéance.
Les dernières vapeurs ?
Ce mardi en journée, Tihange 1 crachait toujours de la vapeur via son énorme tour de refroidissement. Mais ce n'était plus que pour quelques heures. "Le réacteur sera définitivement arrêté, un peu avant minuit, nous a expliqué Antoine Assice, le directeur de la centrale de Tihange, ce mardi matin. La puissance du réacteur sera abaissée progressivement en soirée. Une fois qu'il ne sera plus qu'à 30 % de sa capacité, il y aura un déclenchement et Tihange 1 ne produira plus d'électricité".
Au cours de son histoire, le plus vieux réacteur de Wallonie aura produit plus de 327 milliards de kWh d'électricité, selon les chiffres fournis par Engie.
La grande question est de savoir si cet arrêt est définitif ou pas. En effet, on sait que le gouvernement De Wever veut prolonger Tihange 1. Mais Antoine Assice nous a répété la position officielle du groupe Engie : il n'est pas possible de prolonger.
"Pour cela, il faudrait cinq ans d'études ainsi que plusieurs années de travaux, argumente-t-il. Ensuite, un tel projet bloquerait le démantèlement de Tihange 2 et de Tihange 1. Enfin, le coût financier de la prolongation de Tihange 1 et celui du non-démantèlement de Tihange 2 seraient extrêmement importants". En effet, Engie compte utiliser l'espace dégagé sur Tihange 1 pour y stocker certains déchets nucléaires issus de Tihange 2.
Quand on lui fait remarquer que la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 a été beaucoup plus rapide que cela, Antoine Assice répond qu'Electrabel a mobilisé "toutes ses ressources" en vue de ce projet. "Nous n'avons pas les moyens de réaliser deux opérations de ce type (NdlR : prolongation de Tihange 1 et de Doel 4 et Tihange 3), tout en démantèlement Tihange 2", ajoute le directeur de Tihange.
EDF à la rescousse ?
Rappelons que Tihange 1 est détenu à 50 % par Engie et à 50 % par EDF, une entreprise détenue à 100 % par l'État français. Quid si c'est EDF qui devait reprendre Tihange 1 et réaliser les investissements nécessaires ? "Je ne suis pas impliqué dans ces discussions, répond Antoine Assice. Honnêtement, je ne sais pas".
Notons qu'un récent rapport de la Cour des comptes française a tiré la sonnette d'alarme à propos de la santé financière d'EDF. En effet, l'entreprise publique française va devoir investir des centaines de milliards d'euros, notamment dans la modernisation de ses vieux réacteurs en France et dans la construction de nouveaux réacteurs (dits EPR 2). Dans ce contexte délicat, EDF voudra-t-il se disperser en investissant Belgique ?
D'un autre côté, le média français La Lettre a récemment confirmé qu'EDF s'intéressait à une prolongation non pas de Tihange 1 mais de Doel 4 et Tihange 3 (au-delà de 2035). Néanmoins, l'Agence des participations de l'État, qui représente l'État français dans EDF, serait hostile à ce projet.
Toutefois, on sait que le cabinet du ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), a pris contact avec Engie et EDF à propos du nucléaire en Belgique.
Quid du démantèlement ?
Comme nous l'expliquions dans un récent dossier, les cadres d'Electrabel ainsi que le cabinet Bihet redoutent que Tihange 1 devienne rapidement impossible à prolonger, en raison de son démantèlement rapide. En effet, une opération telle que la découpe des "doigts de gant" aura lieu dès le mois de novembre prochain. Un timing confirmé par le directeur de la centrale de Tihange. "Mais ce n'est pas une opération irréversible", nuance Antoine Assice.
"Il n'y a pas d'opération couperet qui rendrait irréversible la prolongation de Tihange 1, ajoute-t-il. Couper dans la tuyauterie du circuit primaire ne serait pas, non plus, irréversible. On peut toujours réparer. La seule chose irréversible serait d'abîmer la cuve du réacteur, mais cela arrivera bien plus tard".
Dans l'état actuel du planning, la salle des machines de Tihange 1 serait démontée en 2026, la tour de refroidissement en 2026 ou 2027. Enfin, l'importante opération de décontamination chimique du circuit primaire aurait lieu en 2027.
Bref, le gouvernement De Wever ne doit pas traîner s'il ambitionne toujours de maintenir en activité Tihange 1.
