Une entreprise canadienne veut construire une nouvelle centrale nucléaire en Belgique
Une lettre d'intention a été signée, ce mardi, par Ontario Power Generation. Mais il reste de nombreuses étapes à franchir.
- Publié le 04-11-2025 à 19h26
- Mis à jour le 04-11-2025 à 19h48

La World Nuclear Exhibition, le salon international de l'énergie nucléaire, se déroule en ce moment à Paris.
Alors que le gouvernement De Wever se montre très favorable à l'énergie nucléaire, l'industrie belge de l'atome a fait le déplacement dans l'Hexagone.
À cette occasion, le Forum nucléaire belge, le lobby du secteur, a signé une lettre d'intention avec l'entreprise publique canadienne Ontario Power Generation (OPG). Via la signature de cette lettre, OPG a manifesté son intérêt en vue de construire une nouvelle centrale nucléaire en Belgique, selon le Forum nucléaire.
Entièrement détenue par la province d'Ontario, l'entreprise publique Ontario Power Generation produit et commercialise son énergie dans la province la plus peuplée du Canada. Or le nucléaire représente une part importante du mix électrique de l'Ontario. Les centrales nucléaires de Pickering et de Darlington génèrent ainsi plus de la moitié de l'électricité consommée dans la province.
Une lettre non liante
Notons que cette lettre n'engage à rien. En outre, le processus n'en est qu'à ses débuts. Ainsi, on ne sait pas où la nouvelle centrale nucléaire pourrait être construite. Avec l'appui du consultant KPMG, le Forum nucléaire a identifié une dizaine de sites susceptibles d'accueillir une centrale, dont certains sont situés en Wallonie.
Mais, pour éviter l'effet "Nimby" ("Not in my back yard" ou "Pas dans mon jardin"), le Forum nucléaire préfère ne pas dévoiler la localisation de ces sites, à ce stade.
Quid des subsides ?
Une autre grande question est de savoir combien d'argent le gouvernement fédéral sera prêt à mettre sur la table pour voir aboutir un projet de nouvelle centrale nucléaire. Actuellement, le coût d'une centrale est trop important pour que l'investissement soit rentabilisé uniquement via la vente de l'électricité produite. A priori, de gros subsides seraient donc nécessaires pour convaincre OPG de se lancer dans la construction d'une centrale nucléaire sur le sol belge. Par exemple via la fixation d'un prix de vente garanti de l'électricité produite.
Mathieu Bihet fait le tour des technologies
Notons qu'OPG n'est pas le seul candidat déclaré à la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en Belgique. Grégoire Dallemagne, le patron de Luminus, avait fait savoir que son entreprise était intéressée par le développement du nucléaire en Belgique. Rappelons que Luminus est détenu à 68,63 % par EDF, le géant français du nucléaire.
Mathieu Bihet (MR), le ministre fédéral de l'Énergie, était présent à Paris, lundi et mardi. Le libéral s'est dit satisfait de l'accord signé entre le Forum nucléaire et OPG. Il a d'ailleurs rencontré Stephen Lecce, le ministre de l'Énergie de la province de l'Ontario, pour évoquer ce dossier.
Néanmoins, Mathieu Bihet n'a pas signé la lettre d'intention, étant donné qu'il veut rester neutre vis-à-vis des fournisseurs potentiels de centrales nucléaires. "Nous sommes en train d'évaluer toutes les technologies disponibles, nous explique-t-il. J'ai vu les Américains (NdlR : Westinghouse), les Français (NdlR: EDF), les Canadiens. Nous n'avons actuellement pas de préférence. Mais le fait que Tractebel (NdlR : le bureau belge d'ingénierie) soit impliqué dans la construction de SMR au Canada, aux côtés d'OPG, est un élément intéressant". Précisons qu'OPG est un opérateur nucléaire, plutôt qu'un fournisseur de technologie comme EDF ou Westinghouse (voir ci-contre).
Par ailleurs, l'Arizona pourra-t-elle payer des subsides à un opérateur nucléaire, étant donné l'état des finances publiques belges ? "Il est encore trop tôt pour parler de budget", répond Mathieu Bihet.
Ceci dit, si elle n'engage à rien, cette lettre d'intention est une (petite) plume au chapeau de l'Arizona, dans le dossier nucléaire.
Pour rappel, le gouvernement De Wever s'est profilé comme étant pro nucléaire. Mais, jusqu'à présent, l'Arizona n'a pas obtenu grand-chose de concret dans ce dossier.
Certes, la loi de sortie du nucléaire a été mise à la poubelle, comme promis durant la campagne électorale par le MR. Toutefois, Mathieu Bihet n'a pas encore pu annoncer la prolongation de vieux réacteurs à Doel ou à Tihange. En cause ? L'opposition d'Electrabel mais aussi la non-conformité des vieux réacteurs avec les dernières normes internationales de sûreté nucléaire. Au sujet de la prolongation des vieilles centrales, Mathieu Bihet ne fait "aucun commentaire".
OPG espère gagner la course mondiale aux SMR
Il y a environ cinq ans, le terme SMR a fait son apparition dans les débats sur la transition énergétique. Les small modular reactors, ou petits réacteurs modulaires, sont des versions miniatures (et parfois améliorées) des grandes centrales nucléaires actuelles.
Si on parle beaucoup d'eux, il y a très peu de SMR opérationnels dans le monde. Ontario Power Generation espère d'ailleurs être le premier opérateur à connecter un SMR au réseau électrique, dans un pays du G7.
Pour un budget estimé à 20,9 milliards de dollars canadiens (taux d'intérêt compris), OPG compte construire quatre SMR, pour une capacité cumulée de 1 200 MW (soit un peu plus que le réacteur Tihange 1, en Belgique). L'entreprise canadienne envisage de connecter son premier SMR au réseau électrique d'ici fin 2030. Les trois autres SMR devraient être construits pour le milieu de la décennie 2030.
C'est GE Vernova Hitachi Nuclear Energy, une entreprise issue de l'alliance entre l'Américain GE et le Japonais Hitachi, qui est chargé de fournir les quatre réacteurs.
