Mais pourquoi les prix des produits alimentaires ont-ils augmenté ?
Le Collège des producteurs a analysé le marché. Les fruits et la viande bovine sont en forte hausse au premier semestre. Le prix des pommes de terre est en nette baisse.

- Publié le 28-07-2025 à 08h05

Tout augmente. Vraiment ? Rien de tel qu'une analyse objective pour cerner la réalité de l'évolution des prix des produits alimentaires. C'est justement la mission du Collège des producteurs, qui a présenté dans le cadre de la Foire de Libramont la dernière étude de l'observatoire des filières agricoles wallonnes.
Des hausses, il y en a eu au cours du premier semestre 2025 dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) comme Colruyt, Carrefour et Delhaize. La plus spectaculaire concerne les fruits, avec un bon de 38 %. La viande bovine (+ 26 %) est sur la deuxième marche du podium de l'inflation des prix de l'alimentation. Les truites (+ 8,42 %) et les pommes de terre (+ 4,57 %) ont également pesé plus lourd dans le portefeuille des consommateurs. Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : des baisses significatives concernent le beurre (-8,38 %), le lait (-7 %), les céréales et produits secs (-4,58 %) ainsi que les bières (- 14,83 %), relève le Collège des producteurs.
Pourquoi les prix peuvent-ils connaître de tels mouvements de hausse ou de baisse ? Il y a des explications objectives.
Conditions climatiques
"Les conditions climatiques ont été impactantes sur l'année écoulée", note Emmanuel Grosjean, coordinateur. "En septembre 2024, c'était le 12e mois consécutif avec des précipitations supérieures à la normale pour la première fois depuis 1833. Cela a impacté les récoltes, la qualité des produits et les conditions de stockage. Et pour le premier semestre 2025, nous sommes cette fois dans les 25 % des années les plus sèches."
L'estimation pour la récolte 2025 table sur une hausse de rendement de 20 %, à mettre toutefois en perspective de la chute de prix des céréales qui était de 170 euros la tonne en juin contre 190 euros un an plus tôt. Pour les pommes de terre, "on anticipe une belle production, ce qui entraîne une chute des prix". Les prix du marché sont ainsi passés de 40 à 45 euros le quintal en juin 2024 à 20 euros fin 2024 et à 7,50 euros le mois dernier. Pour les pommes et poires, le gel printanier de 2024 s'est traduit par une baisse de la production et une hausse des prix car l'offre était moindre. "Cela n'a pas compensé la baisse de production." Pour 2025, "cela devrait être une bonne année", surtout pour les pommes. Pour la hausse de 38 % des prix aux consommateurs des fruits, il y a un effet saisonnier et ce constat englobe aussi des fruits importés.
"L'impact de la mauvaise année 2024 a encore été pire en bio avec des pertes de rendement de 30 à 50 % pour les céréales", poursuit Emmanuel Grosjean. L'effet collatéral, c'est une hausse de prix et donc du coût de production des volailles et porcs bio, car ces céréales sont la base de leur alimentation. Les bonnes récoltes attendues en 2025 laissent toutefois entrevoir des baisses de prix.
Concurrence du poulet standard
Autre élément qui joue en défaveur du poulet bio, c'est la concurrence du poulet conventionnel, "qui n'a jamais été aussi cher sur le marché". Le différentiel de prix a diminué, ce qui altère l'attractivité du bio avec toutes ses contraintes. "Des producteurs se sont décertifiés pour se tourner vers d'autres modèles de production." C'est de l'ordre de 60 % de production alternative (bio ou cahiers de charges spécifiques) en Région wallonne.
C'est le même phénomène pour le lait bio (5,9 euros de différence pour 100 litres). "C'est trop faible pour être attractif, un peu comme pour le poulet, pour attirer de nouveaux producteurs, même si la demande est là."
Si le prix du poulet conventionnel n'a jamais été aussi élevé, c'est en raison d'une baisse de l'offre. Pas moins de 19 millions de volailles ont été abattues en Europe en 2025 en raison de la grippe aviaire.
"Surtout, il n'y a pas non plus assez de volaille reproductrice. Il faudra trois ans pour reconstruire l'offre." En Région wallonne, il y a actuellement une cinquantaine de projets pour un total de 600 000 poulets supplémentaires.
Le prix payé au producteur wallon est en tout cas passé à 1,20 euro le kilo pour le poulet standard. "Nous verrons dans les prochains mois s'il y a une répercussion dans la grande distribution."
Pour la viande bovine, c'est le grand écart. "Les producteurs ont obtenu en quelques mois ce qu'ils attendaient depuis 10 ans", souligne Emmanuel Grosjean. Un premier petit palier de hausse du prix payé au producteur a eu lieu début 2024." C'était l'époque des manifestations." Cela a aussi été l'occasion pour alerter la grande distribution et les transformateurs sur la décapitalisation du secteur bovin, à 1 million de têtes en Région wallonne. "Sur 10 ans, c'est une perte de 22 % du nombre de bovins." Le phénomène est identique en Europe et s'explique par une baisse de la consommation de viande, mais aussi par une baisse de la rentabilité. La fièvre catarrhale a également diminué l'offre.
Relancer l'offre ?
D'où une envolée des prix payés aux éleveurs depuis le début de l'année pour atteindre un peu moins de 10 euros le kilo en moyenne, selon le type de carcasse par rapport à un prix de production de 8,40 euros. Quelque 90 % de la production sont en Bleu blanc belge. "Cela permet de retrouver de la rentabilité, de l'attractivité et une possibilité d'envisager une augmentation de l'offre." Les prix de la viande bovine en grandes et moyennes surfaces ont logiquement augmenté, à plus de 23 euros le kilo. La consommation est quant à elle restée stable, à 10,2 kilos par habitant.
De quoi relancer l'offre ? À voir. En tout cas, c'est un processus lent, s'étalant sur 10 ans, selon Emmanuel Grosjean.
