Donald Trump fait le pari de la transphobie pour attirer les conservateurs... mais aussi les mères de famille
Le mouvement LGBT fait l'objet d'une polarisation partisane de plus en plus importante aux États-Unis.

- Publié le 28-10-2024 à 12h03

Va-t-on vers un retour en arrière aux États-Unis ? C'est la crainte des communautés LGBTQIA +, les personnes, qui ont une orientation sexuelle autre qu'hétérosexuelle et/ou une identité de genre différente de celle qui leur a été attribuée à la naissance (féminin ou masculin). Lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer, intersexuées, asexuelles… Ces identités – qui ne se choisissent pas – font encore l'objet d'importantes stigmatisations dans le pays.
Si leur cause bénéficie d'une meilleure visibilité depuis plusieurs années, "il existe aussi des résistances qui sont très fortes", confirme Hugo Bouvard, Maître de conférences en histoire des États-Unis à l'Université Paris Cité, spécialiste des questions LGBT. Il y a surtout une "forte anxiété" pour les personnes trans, gays et lesbiennes dans les États dirigés par des Républicains. Plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs voté des lois homophobes ces dernières années. En Floride, par exemple, il est interdit d'enseigner des sujets en lien avec l'orientation sexuelle ou l'identité de genre à l'école publique. "Il est évident que ces communautés ne s'y sentent pas en sécurité. La situation est sûrement différente pour quelqu'un qui habite à New York ou San Francisco."
Changement de cible
Une communauté, en particulier, est devenue une cible de choix pour les groupes conservateurs qui s'opposent aux droits LGBT : les personnes trans, qui ne se reconnaissent pas dans le système de genre binaire homme/femme.
Ce déplacement de cible est en partie stratégique, analyse Hugo Bouvard. "Les groupes conservateurs savent qu'aujourd'hui, des attaques frontales contre les personnes gays et lesbiennes ne pourraient plus passer dans l'espace public. Ils utilisent néanmoins la même rhétorique homophobe des années 1980-1990. C'est parfois du copié-collé." À l'époque, les personnes homophobes affirmaient par exemple que les personnes gays et lesbiennes cherchaient à convertir les enfants. Aujourd'hui, les Républicains conservateurs jouent sur la peur des parents en utilisant le même argument avec les personnes trans. Donald Trump a ainsi prétendu le 17 octobre sur Fox News que les personnes trans "prennent votre enfant. Dans certains endroits, votre garçon part pour l'école, et il revient en fille. Sans que vous ayez donné votre accord."
Discours masculiniste
Pour Hugo Bouvard, avec cette stratégie, les Républicains essaient de récupérer les mères de famille qui ont arrêté de les soutenir à cause de leur prise de position vis-à-vis de l'avortement. "À l'échelon local, ces sujets sont particulièrement politisés. Les candidats républicains attaquent leurs adversaires démocrates en disant qu'ils soutiennent un tas de mesure qui fait peur aux parents." Même si les Démocrates revendiquent fièrement leur soutien aux droits des personnes trans, "certains élus locaux commencent à céder un peu de terrain sur ces sujets. Ils peuvent donc abandonner leur position progressiste lorsqu'ils se sentent acculés."

Kamala Harris, elle, affiche son soutien proactif vis-à-vis du mouvement LGBT depuis longtemps. Et Donald Trump en joue. Il a même fait preuve d'imagination en liant le sujet avec… l'immigration illégale, son combat favori. Lors du débat télévisé avec sa rivale en septembre, il a prétendu que si elle est élue, les immigrants illégaux détenus dans les prisons vont pouvoir faire des opérations de changement de sexe "payées par le contribuable".
Les Républicains n'ont pourtant pas toujours joué cette carte d'intolérance pour attirer l'électorat conservateur. "Il a pu y avoir des ouvertures au sein du camp républicain dans les années 1970, au tout début des mouvements gays et lesbiens, explique Hugo Bouvard. Il existe d'ailleurs des groupes LGBT républicains aux États-Unis, mais ils ont beaucoup perdu en influence aujourd'hui." Aujourd'hui, les Républicains se montrent très conservateurs sur les normes de genre. Ils tiennent des discours virilistes, nostalgiques d'une domination d'un genre au détriment de l'autre.
Stratégie payante ?
Toutes ces prises de position vis-à-vis des LGBT paient-elles au niveau électoral ? Existe-t-il un vote LGBT ? "Être LGBT est un facteur de politisation à gauche. Il y a un soutien plus marqué pour le Parti démocrate. Mais ce n'est pas un facteur unique et absolu. Plein d'autres paramètres entrent en compte."
Au total, les Républicains auraient dépensé plus de 65 millions de dollars à la diffusion de publicités ciblant les personnes transgenres, selon une analyse du New York Times ("Kamala est pour iel. Le président Trump est pour vous"). "Les Républicains en font des tonnes, mais ça ne paie pas électoralement", estime Hugo Bouvard. D'après plusieurs sondages, les Républicains ne gagnent pas les élections lorsque c'est cet enjeu qui est au centre de la campagne.
D'après un sondage du Pew Research Center, 57 % des partisans démocrates estiment que la légalisation du mariage entre des personnes de même sexe est bonne pour la société, contre 11 % pour les partisans républicains.