Valérie Glatigny répond aux critiques des enseignants : "La meilleure façon de respecter la jeunesse, c'est de ne pas lui laisser une dette impayable"
Organisation de la première secondaire, manifestation de ce dimanche, ajout de 2h de travail pour les professeurs du secondaire supérieur… la ministre de l'Enseignement fait le point.

- Publié le 23-01-2026 à 06h43

Alors que les derniers préparatifs de la "mobilisation citoyenne pour défendre l'avenir des jeunes" de ce dimanche 25 janviers sont en cours, la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny (MR) nous a convié à son cabinet ce jeudi. "L'idée était de faire un récapitulatif de ce qui change en 2026", résume d'emblée la Ministre. L'occasion aussi – pour La Libre – d'obtenir une réaction aux critiques et préoccupations actuelles des enseignants.
Au cœur de la discorde, le fameux Pacte d'Excellence, que Valérie Glatigny s'empresse de recontextualiser. "Je crois que quand ils ont écrit les réformes en 2016, les acteurs du Pacte ont surestimé la capacité à la fois du gouvernement et du Parlement à adopter les mesures rapidement, alors qu'on a trois lectures, qu'il faut consulter les fédérations de Pouvoir Organisateur, les parents, et puis le Conseil d'État en deuxième lecture. Ils ont aussi surestimé la capacité du secteur à porter les réformes", charge-t-elle.
Des clarifications sur la 1e secondaire d'ici Carnaval
Parmi les craintes actuelles concernant l'une des mesures du Pacte, figure l'arrivée du tronc commun en première secondaire (S1) – qui se déploie progressivement d'année en année depuis septembre 2020 depuis la première maternelle jusqu'à la 3e secondaire — et donc de son impact sur l'organisation concrète de cette année. De nombreux directeurs d'école regrettent un manque d'informations dont ils disposent face aux questions des parents qui doivent inscrire leur enfant en S1 durant les prochaines semaines. "On a dit qu'on allait essayer d'envoyer toutes les infos avant le congé de Carnaval (le 16 février 2026, NdlR.) et la période d'inscription." Un calendrier jugé "tenable" par la Ministre étant donné que les concertations ont actuellement lieu. Mais Valérie Glatigny pointe toutefois une difficulté. "Hier, on a eu une réunion avec les organisations syndicales. Elles ont demandé plus de temps, donc une deuxième réunion est planifiée."
Des réaffectations qui provoqueront des tensions
Un autre sujet qui a récemment largement provoqué des remous dans l'enseignement concerne l'augmentation de la charge horaire des professeurs du secondaire supérieur à raison de deux périodes hebdomadaires. "C'est une décision que nous avons prise et qui impacte les écoles. Il y a beaucoup d'inquiétudes", reconnaît Valérie Glatigny. La Ministre assure que tout sera fait pour essayer de fluidifier la "période sensible" des réaffectations. "On sait qu'à la rentrée prochaine, il y en aura un petit peu plus que d'habitude."
À ce sujet, nombre d'enseignants et parents s'interrogent sur l'impact concret de ce remaniement. Pourra-t-on leur assurer que les élèves n'auront bel et bien qu'un seul professeur par matière, contrairement à ce qu'ils craignent actuellement ? Face à cette question, la libérale reste évasive. "Je ne pense pas que cela amènera à une multiplication de professeurs, mais il y aura plus de tensions avec les réaffectations", projette-t-elle.
D'un point de vue plus global, le discours de beaucoup de professeurs reproche à Valérie Glatigny de ne pas comprendre leurs revendications et d'être déconnectée de la réalité du terrain. La Ministre a pourtant elle-même été professeure, pour une courte période du moins, confie-t-elle.
Détentrice d'un Master en philosophie, elle se destinait à enseigner. "Il y a une extrême instabilité dans le début du métier", explique-t-elle. "Vous travaillez dans plusieurs établissements avec la difficulté de savoir où vous serez parfois le mois suivant. À l'époque, je cherchais à payer la caution d'un appartement et l'on m'a proposé un CDI ailleurs. Je suis partie de l'école parce que j'avais besoin d'une perspective à durée indéterminée. C'est pour ça que je porte le CDI (projet de contrat à durée indéterminée pour les enseignants, NdlR.)." Valérie Glatigny souligne également qu'il n'est pas indispensable pour un Ministre d'avoir exercé le métier qu'il représente, et que ce n'était d'ailleurs pas le cas de sa prédécesseuse (Caroline Désir, NdlR.)
Les coupes budgétaires, essentielles pour un réinvestissement futur
Toutes ces craintes et critiques, les enseignants comptent les exprimer ce dimanche, lors de la marche "pour l'avenir des jeunes". Avant ce rassemblement, le message de Valérie Glatigny est clair. "Je comprends les inquiétudes, mais la meilleure façon de respecter la jeunesse c'est aussi de ne pas lui laisser une dette qui devient impayable. On est tous conscients de la situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles et il faut réaliser que des mesures qui sont prises absolument dans tous les secteurs de la Fédération. On ne vise pas particulièrement l'école, l'objectif est de pouvoir y réinvestir", assure-t-elle.
Ce qui m'enrage, c'est de payer 347 millions d'euros en intérêts cette année. Ces millions-là, on ne sait pas les investir dans l'école.
"Ce qui m'enrage, c'est de payer 347 millions d'euros en intérêts cette année parce qu'on a perdu la maîtrise de notre endettement. Ces 347 millions-là, on ne sait pas les investir dans l'école. On pourrait décider de laisser la poussière sur le tapis, mais ça, c'est complètement irresponsable", confie-t-elle, amère. La Ministre craint que si rien n'est fait maintenant, l'on ne disposera plus d'aucune marge de manœuvre en cas de nouveau choc externe comme la crise du COVID ou les inondations de 2021.