Boris Dilliès : "Il faudra bien un plan à 10 ans pour remettre Bruxelles complètement à l'endroit"
Au Mipim de Cannes, le ministre-Président bruxellois a rencontré les principaux acteurs du secteur immobilier belge. Il annonce des mesures face à la crise du logement qui frappe la capitale.

- Publié le 20-03-2026 à 13h54

Dire que Boris Dilliès était très attendu à Cannes par les responsables du secteur immobilier belge est un euphémisme. Le tout frais ministre-Président bruxellois ne s'est pas dérobé. Il a essayé de répondre point par point aux demandes du secteur concernant ce qui bloque les développements immobiliers dans la capitale et y provoque une véritable crise du logement. Dont les très longs délais pour obtenir des permis de bâtir, la complexité administrative à Bruxelles ou la fuite des classes moyennes. L'ancien bourgmestre d'Uccle reconnaît toutefois que sa marge de manœuvre est étroite dans le contexte budgétaire actuel. La Libre l'a interrogé à Cannes dans la foulée de cette première sortie publique face aux décideurs du secteur immobilier belge.
Votre gouvernement promet de réduire de moitié les délais de délivrance des permis d'urbanisme. Comment allez-vous procéder ?
Aujourd'hui, lorsqu'un entrepreneur doit demander un permis, il fait face à une multiplicité d'administrations. Nous allons donc mettre en place un "permis de planification, de volumétrie et d'affectation".
L'idée de ce "permis volumétrique", c'est qu'on ne puisse pas revenir sur une série de décisions qui ont été prises. Une fois les fondamentaux de la volumétrie et de l'affectation actés, on ne revient plus en arrière.
"En matière urbanistique, on ne doit pas dire "non" à tout ni "oui" à tout. Il est évident que l'entrepreneur est d'abord là pour entreprendre. Mais il n'est pas l'ennemi."
Le problème, je l'ai vécu trop souvent dans ma vie d'avant en tant bourgmestre de Uccle : il y avait régulièrement de très gros projets avec de très gros enjeux qui étaient retoqués, ce qui allongeait les délais de manière hallucinante. Et ce qui fait qu'à un moment donné, les entrepreneurs n'entreprennent plus et les investisseurs ne mettent plus de fonds.
Cela ne veut pas dire non, plus qu'on va leur donner un chèque en blanc à l'avenir. En matière urbanistique, on ne doit pas dire "non" à tout ni "oui" à tout. Je ne suis pas naïf. Il est évident que l'entrepreneur est d'abord là pour entreprendre. Mais il n'est pas l'ennemi.
Vous annoncez aussi la création d'un "Pôle Urbanisme"…
Si on interroge n'importe quel entrepreneur, il va chaque fois vous dire combien Bruxelles est une des villes qui, en termes de permis et de paperasserie, est parmi les plus complexes et, par moments, les plus désespérantes d'Europe.
C'est donc aussi cela que nous voulons changer en créant un "Pôle Bruxelles Urbanisme" qui regroupera les compétences aujourd'hui éclatées dans de nombreuses administrations.
La concurrence fiscale des Régions flamande et wallonne est forte. Vous avez annoncé une mesure pour encourager l'achat d'un logement à Bruxelles : l'abattement des droits d'enregistrement sur les 200 000 premiers euros sera valable pour un achat jusqu'à 800 000 euros, contre 600 000 euros auparavant. C'est très peu pour faire bouger le marché…
C'est d'abord le fruit d'un compromis politique mais pas seulement. J'arrive à la tête d'un gouvernement, d'une Région où les finances sont dans un état dramatique, ce n'est pas un scoop. On ne peut pas presser de l'eau d'une pierre et il y a beaucoup d'économies à faire.
"Il ne faut pas que l'on ajoute encore de la complexité à Bruxelles quant au fait de pouvoir faire évoluer la ville en respectant les espaces verts."
Donc, pour parler de l'abattement, je suis bien conscient que ce n'est pas encore le nirvana. Et que la concurrence des deux autres Régions, avec des droits d'enregistrement à 2 et 3 % (à Bruxelles, ces droits sont de 12,5 %, NdlR) est forte. On ne joue clairement pas dans la même cour. Mais, pour autant, fallait-il ne rien faire ?
Il y avait une amorce à réaliser. C'est un premier pas. Ce n'est pas assez mais cela tient aussi compte du contexte budgétaire bruxellois qui n'est pas bon.
La justice a imposé un moratoire sur l'urbanisation des friches bruxelloises de plus de 0,5 hectare. Comment allez-vous gérer cela ?
C'est une situation qui peut compliquer les choses. Je ne peux pas préjuger d'éventuelles décisions de justice. Mais il y a une réalité : Bruxelles ne doit pas devenir une ville abandonnée. On doit pouvoir être réaliste. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas arriver à une bonne combinaison entre les enjeux environnementaux, le fait qu'on a tous envie d'espace vert, évidemment, mais que nous sommes aussi dans une ville qui doit se développer. D'autres capitales y arrivent.
Et j'ai une certitude : il ne faut pas que l'on ajoute encore de la complexité à Bruxelles quant au fait de pouvoir faire évoluer la ville en respectant les espaces verts.
Lancer tous ces projets en trois ans de législature, est-ce possible ?
Je suis très réaliste. Pour énormément de réformes dont Bruxelles a besoin, trois ans, ce ne sera pas suffisant. On est, dans certains cas, sur 10 ans de travail à réaliser, notamment parce que la situation financière de Bruxelles est très compliquée.
Il y a tellement de chantiers, tellement d'aspects dans la déclaration politique régionale, qu'il faudra bien un plan à 10 ans pour remettre Bruxelles complètement à l'endroit, selon moi.
Cela se fera avec moi ou sans moi, ce n'est même pas la question. Mais jamais vous ne m'entendrez dire "Mais bien entendu, dans 3 ans, tout ça va être fait". Par contre, et c'est la moindre des choses, ce n'est pas anormal d'avoir une vision à un horizon de 10 ans pour une ville comme Bruxelles.
