Imposer des sessions d'examens à Noël et en juin dans le secondaire supérieur ? L'idée de Valérie Glatigny surprend et divise
La réflexion de Valérie Glatigny autour d'une possible obligation de sessions d'examens à Noël et en juin dans le secondaire supérieur pose question.

- Publié le 29-01-2026 à 06h43

Ce lundi, la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny (MR) a indiqué qu'elle réfléchit à rendre obligatoires les sessions d'examens à Noël et en juin dans le secondaire supérieur (4e, 5e et 6e années). Or, jusqu'à présent, les écoles ont la liberté de décider elles-mêmes de leur calendrier. Nombre d'entre elles ont justement récemment remplacé ces sessions d'examens par de l'évaluation continue tout au long de l'année, en réponse à la crise sanitaire du Covid-19 et à l'introduction du nouveau calendrier scolaire.
"Préparer les élèves à l'enseignement supérieur"
En Commission parlementaire, où elle a fait part de sa réflexion, la Ministre Glatigny estime "qu'un rythme d'examens en fin d'année civile et en fin d'année scolaire, notamment pour les années du secondaire supérieur, pourrait préparer les élèves aux attendus de l'enseignement supérieur […] qui est structuré en deux grandes périodes, avec une session d'examens en janvier et juin." "L'enseignement obligatoire a aussi pour objectif de préparer à l'enseignement supérieur", a-t-elle par la suite ajouté.
Sur papier, l'intention de Valérie Glatigny de mieux préparer les élèves à la suite de leur parcours est compréhensible. Mais, dans les faits, elle pose question.
Une évaluation continue pourtant répandue dans le supérieur
Et pour cause, si elle ne concerne pas l'ensemble des cursus universitaires ou de Haute-Ecole, l'évaluation continue est cela dit déjà monnaie courante dans nombre d'entre eux. À l'Université Libre de Bruxelles (ULB), par exemple, elle prend de multiples formes : "projets en petits groupes, présentations orales, évaluations formatives, TP, séminaires, cliniques, portfolios…".
À l'Université Catholique de Louvain (UCLouvain), l'évaluation continue est déjà très présente dans certains programmes, comme celui du bachelier en sciences de l'ingénieur. "Elle prend la forme de travaux réguliers à remettre dans certains cours et des projets avec un feedback de la part des encadrants. Pour certains enseignements, des tests sont organisés au milieu du 1er et du 2e quadrimestre", explique l'université.
La notion de "période d'évaluation" récemment supprimée
Le 16 juillet dernier, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a en effet adopté un décret portant entre autres sur la question des périodes d'évaluation. Ce texte permet désormais aux Hautes-Ecoles et universités de planifier elles-mêmes leurs évaluations. "Dorénavant, l'évaluation tout au long de l'année sera possible, puisque l'idée est de supprimer la notion de 'période d'évaluation'", expliquait alors à La Libre la ministre-Présidente en charge de l'Enseignement supérieur, Elisabeth Degryse (Les Engagés).
L'idée d'introduire deux sessions d'examens obligatoires – à Noël et en juin – dans les trois dernières années du secondaire afin de préparer au rythme de l'enseignement supérieur semble donc contradictoire, étant donné que cette même obligation vient justement d'y être rendue caduque…
Interrogée sur ce point, la Ministre Glatigny assure que la réflexion qui pourrait être menée dans l'enseignement obligatoire n'est pas contradictoire avec le récent octroi de plus de souplesse organisationnelle dans l'enseignement supérieur. Elle insiste sur le fait que cet assouplissement n'est pas une obligation – certains établissements ou programmes garderont en effet les périodes d'examens actuelles en janvier, juin et septembre. Cela n'empêche que le timing de sa réflexion pose question : pourquoi maintenant, alors que la tendance dans le supérieur est amenée à changer ?
Une efficacité remise en question
Mais au-delà de la temporalité, l'efficacité-même d'une telle idée pose aussi question. Après avoir affirmé que "la recherche ne plaide pas pour un abandon généralisé des évaluations sommatives" (en fin d'apprentissage, NdlR.), la Ministre a elle-même reconnu en Commission que "l'évaluation continue conçue au service des apprentissages constitue un levier important dans la mesure où elle permet d'identifier plus tôt les difficultés dans le processus d'apprentissage, d'ajuster l'enseignement, de renforcer la différentiation et d'accompagner les élèves de manière plus personnalisée".
Mais voilà, dès la phrase suivante, Valérie Glatigny a annoncé avoir "cependant demandé une analyse de faisabilité sur l'instauration obligatoire de sessions d'examens au sein de nos établissements scolaires." Une demande qui figurait déjà dans la Déclaration de politique communautaire (DPC).
"Organiser plusieurs semaines par an de l'évaluation revient à soustraire du temps à l'apprentissage"
Dominique Lafontaine, professeure émérite en sciences de l'éducation à l'ULiège, souligne en effet que la justification de Valérie Glatigny ne repose sur aucune étude scientifique. Elle constate au contraire que les élèves d'écoles secondaires ayant pris leurs distances par rapport aux sessions d'examens "classiques", réussissent tout aussi bien dans l'enseignement supérieur. "Ce n'est pas le fait d'avoir des sessions d'examens multipliées qui les prépare vraiment", assure-t-elle. Les écoles qui ont décidé de supprimer les sessions d'examens ont estimé qu'il était "sans doute plus important de passer plus de temps à l'apprentissage qu'à l'évaluation. Parce qu'organiser plusieurs semaines par an de l'évaluation revient à soustraire du temps à l'apprentissage", soutient-elle.
Les formes d'évaluation de type continu ou formatif sont d'ailleurs très importantes en termes de dynamique d'apprentissage, assure Dominique Lafontaine. "Elles permettent à l'élève de situer ses acquis, ses faiblesses, d'apprendre de ses erreurs. La recherche scientifique montre que c'est capital. Pour moi, c'est ce type d'évaluation qu'il faut renforcer." L'ancienne professeure en sciences de l'éducation fait également remarquer que tous les élèves de secondaire ne se destinent pas forcément à l'enseignement supérieur.
Qu'en pensent les directions ?
Du côté des directions, la réflexion de Valérie Glatigny ne fait pas l'unanimité.
"Depuis quand le fait d'étudier pour des examens prépare-t-il aux études supérieures ?", s'insurge Johann Dizant, directeur de l'Institut des filles de Marie à Saint-Gilles. "De plus, organiser des examens demandent des jours blancs supplémentaires, ces mêmes jours qui sont de moins en moins nombreux", ajoute-t-il. Egalement interrogé par nos confrères de la DH, il estime encore que "la ministre compare ce qui n'est pas comparable en termes de quantité de matière, d'indépendance et d'autonomie. Pour le directeur de cet établissement qui n'organise plus d'examens en décembre depuis trois ans, la Ministre s'attaque aussi à la liberté pédagogique. "Cela revient à supprimer la diversité des projets pédagogiques et la force de notre enseignement", regrette-t-il.
Mais ce point de vue n'est pas partagé par toutes les directions. Didier Mazairac, directeur d'une école bruxelloise, accueille positivement l'idée de Valérie Glatigny. "Comme on est une école générale et que l'on prépare, dans notre projet pédagogique, aux écoles supérieures et à l'université, nous trouvons logique d'avoir deux sessions d'examens, l'une en décembre et l'autre en juin", explique-t-il. Cela dit, le directeur reste attentif à la tendance vers laquelle tendront les établissements d'enseignement supérieur. "S'ils se dirigent vers une évaluation continue, où les examens organisés à un seul moment disparaissent – même si j'ai du mal à y croire – on pourra envisager de changer aussi notre façon de voir les choses."